Les répliques
Macron et les règles de l'indemnisation chômage

02/01/2019

Le chef de l'Etat a prononcé ses traditionnels vœux pour l'année 2019 lundi soir, lors d'une allocution télévisée.

Debout face à la caméra, Emmanuel Macron a réaffirmé son intention de poursuivre les réformes amorcées par le gouvernement.

Nils Wilcke journaliste à 20 minutes a souhaité revenir sur un passage du discours du président notamment concernant les demandeurs d'emploi car selon le chef de l'Etat, il faut "changer en profondeur les règles de l'indemnisation du chômage pour inciter d'avantage à reprendre le travail". 

Macron et les règles de l'indemnisation chômage


Un passage du discours de Macron est un peu passé inaperçu lors de ses voeux. Penser que c'est à cause de règles protectrices que les demandeurs d'emplois ne cherchent pas de boulot, c'est une vieille lune de la droite et du Medef :

Macron et les règles de l'indemnisation chômage


Avec ce décret qui est passé au JO, c'est la soupe à la grimace pour les chômeurs indemnisés. Les sanctions initialement annoncées sont alourdies. Exemple: 1 mois de radiation si vous ne vous rendez pas à un rendez-vous avec un conseiller au lieu de 15 jours annoncés :

Macron et les règles de l'indemnisation chômage


Pôle Emploi (dont les demandeurs d'emplois reconnaissent tous l'efficacité) considère que vous ne cherchez pas assez un emploi? Votre allocation est supprimée tout comme vos droits à l'assurance chômage. A la base, les sanctions étaient censées être graduelles.

Le diable se niche dans les détails : votre dernier salaire était un critère déterminant vous permettant de refuser un boulot (de merde, le plus souvent). C'est terminé! Les radiations vont s'enchaîner. La dépêche de l'AFP reprise partout n'a pas mentionné ce "détail" :


Or, on le sait, les mesures punitives ont des conséquences perverses: certes, certains demandeurs d'emploi vont accepter des mini-jobs, des boulots merdiques, mal payés et peu motivants: une catastrophe pour la productivité à moyen et long terme d'un pays.

Le système français est assurantiel: vous cotisez quand vous bossez et s'il vous arrive un accident de parcours, vous êtes pris en charge. Avec Macron, c'est fini: on passe à un système "universel". Sauf que cela se fait au détriment des chômeurs.

On divise la société en deux catégories: les contribuables qui travailleraient d'arrache-pied d’un côté et les bénéficiaires forcément profiteurs du système de l’autre. Cela fait 20 ans que l'on entend cette petite musique à droite comme à gauche d'ailleurs.

Ce système existe déjà au Royaume-Uni. Les sanctions ne touchent pas les plus riches (qui peuvent se passer du chômage) mais fait basculer les gens les plus vulnérables dans la pauvreté... Comme les procédures de recours sont complexes, elles y ont moins recours.

Dématérialiser les procédures, réduire les chômeurs à des numéros, mal les accompagner, alourdir les sanctions... Ce système ne cherche pas à redonner aux gens un boulot mais à les pousser à commettre une faute et à les empêcher de toucher leurs indemnisation.

En Grande-Bretagne, à force de terroriser les travailleurs, en recourant à des contrats précaires et mal payés, la productivité des Britanniques s'est effondrée. Or, la clef de la productivité est la motivation... Macron devrait se méfier : https://www.courrierinternational.com/article/royaume-uni-pourquoi-les-salaries-britanniques-sont-ils-si-peu-productifs


Nils Wilcke
Journaliste
https://twitter.com/paul_denton
 



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